Assassinat de Bachir Gemayel : Habib Chartouni et Nabil Alam condamnés à mort

“La Cour de justice a émis aujourd’hui son verdict attendu depuis 35 ans alors que le peuple libanais avait déjà émis le sien depuis longtemps”, déclare Nadim Gemayel.

Le verdict est tombé. La Cour de justice, présidée par Jean Fahd, a condamné vendredi à mort, par contumace, Habib Chartouni, militant du Parti syrien national social (PSNS, pro-Assad), et Nabil Alam, ancien haut responsable du PSNS, tous deux inculpés pour l’organisation et l’exécution de l’assassinat de l’ancien président de la République Bachir Gemayel.

Chartouni et Alam ont également été déchus de leurs droits civiques. Ils sont également obligés de verser des dommages et intérêts à tous ceux qui ont porté plainte contre eux et d’assumer la moitié des frais de la procédure judiciaire.

Bachir Gemayel avait été assassiné le 14 septembre 1982, vingt deux jours après son élection à la présidence de la République, dans une explosion qui a détruit les locaux de la permanence du parti Kataëb dans le quartier beyrouthin d’Achrafieh. L’attentat avait coûté la vie au fondateur des Forces libanaises et à 23 autres personnes.

Réagissant au verdict, la veuve de Bachir Gemayel, Solange, qui a assisté à la séance, a estimé que “la justice a rendu son prestige à l’État et aux institutions”. “Ce verdict nous donne espoir que justice sera rendue à tous les martyrs de la cause et aux martyrs de la Révolution du cèdre”, a-t-elle poursuivi.

Le fils de Bachir, le député Nadim Gemayel, et son cousin, le député et chef des Kataëb Samy Gemayel, étaient aussi présents au Palais de justice. Ce dernier a salué un “jour historique”. Des partisans de M. Gemayel rassemblés devant la Cour de justice ont scandé après le verdict “Bachir est vivant en nous”.

 

“Justice historique”
Nadim Gemayel et les compagnons de Bachir Gemayel au sein des Kataëb, ainsi que les Forces libanaises, ont en outre célébré “le retour de la justice”, à la place Sassine. Outre les Gemayel, plusieurs responsables politiques étaient présents à ce festival populaire, dont notamment les ministres Gebran Bassil Michel Pharaon et Pierre Bou Assi.

“La Cour de justice a émis aujourd’hui son verdict attendu depuis 35 ans alors que le peuple libanais avait déjà émis le sien depuis longtemps”, a déclaré Nadim Gemayel dans un discours prononcé pour l’occasion. “La justice dont nous témoignons aujourd’hui est historique, offerte aux martyrs du 14 septembre”, a-t-il poursuivi. Selon lui, “ce verdict est une reconnaissance du Liban officiel, de l’État et de la justice adressée à tous les martyrs”. “Nos martyrs sont tombés pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance et ce verdict a rendu justice à la cause pour laquelle Bachir Gemayel est décédé”, a ajouté M. Gemayel.

La famille a par la suite déposé une couronne de fleurs ainsi que le texte du verdict sur la tombe de Bachir Gemayel à Bickfaya.

Plus tôt dans la journée, le ministre de l’Intérieur, Nohad Machnouk, avait appelé les responsables de la sécurité à renforcer leurs mesures afin de prévenir des troubles sécuritaires de la part de n’importe quelle partie.

Habib Chartouni avait déjà reconnu avoir planifié et commandité l’attentat avec l’aide de Nabil Alam. Chartouni avait été détenu à la prison de Roumieh avant d’être libéré en 1990 par l’armée syrienne qui occupait alors le Liban. Il est, depuis, en cavale. Selon certaines rumeurs, il serait réfugié en Syrie. Il fait l’objet d’un acte d’accusation depuis 1996.

Ultime provocation : à la veille du verdict, Habib Chartouni a accordé une interview explosive au quotidien al-Akhbar. Dans ce brûlot, le militant du PSNS a qualifié le procès achevé de “jugement politique”, sans toujours nier avoir commis le meurtre de Bachir Gemayel.

En réponse à une question à l’issue d’une réunion du gouvernement à Baabda, le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a indiqué vendredi que le Liban demandera que Habib Chartouni soit livré aux autorités libanaises, ajoutant qu’une enquête est en cours pour savoir où il se trouve actuellement.

“Le jugement du peuple”
Face aux lenteurs de la justice, le député Nadim Gemayel avait déposé en 2012 une demande d’ouverture d’un procès auprès de la Cour de justice, tribunal d’exception dont les jugements sur les crimes portant atteinte à la sécurité intérieure de l’État sont sans appel et devant lequel les dossiers déférés sont considérés comme imprescriptibles.

Le procès s’était ouvert le 25 novembre 2016. Le 3 mars, la Cour avait décidé de juger Habib Chartouni par contumace. Le 28 avril, Nabil Alam, également en cavale, ou probablement mort, ne s’était pas présenté à la barre et avait été déchu de ses droits civiques et dessaisi de la gestion de ses biens.

À chacune de ces séances tenues dans l’enceinte du Palais de justice de Beyrouth, des partisans du PSNS se rassemblaient devant le portail du bâtiment. Brandissant des drapeaux de leur parti, ils scandaient des slogans en signe de soutien à leurs camarades inculpés et réclamaient la condamnation des “traîtres sionistes”.

Vendredi, ils n’ont pas dérogé à cette habitude et ont organisé une marche de Tayyouné jusqu’au Palais de justice pour chahuter la séance finale de la Cour de justice. Qualifiant Chartouni de “héros”, ils ont brandi des photos de Bachir Gemayel aux côtés d’Ariel Sharon, à l’époque ministre israélien de la Défense.

“Nous voulons un Etat de droit, mais cela veut dire qu’un collaborateur soit jugé pour ses crimes, que ceux qui ont perpétré des massacres soient jugés et que tous les citoyens soient égaux devant la loi “, a déclaré le porte-parole des “amis de Habib Chartouni” lors de leur sit-in organisé dans l’attente du verdict. Et de poursuivre : “Habib Chartouni a exécuté le jugement du peuple contre celui qui a tué son peuple. Bachir Gemayel est un criminel et un traître qui a collaboré avec l’ennemi”.
Les opposants de Bachir Gemayel lui reprochent son alliance avec Israël qui avait lancé en 1982 une vaste intervention militaire contre le Liban.

La peine capitale est prévue dans la loi libanaise mais dans la pratique, il y a un moratoire non officiel. Aucune exécution n’a été appliquée depuis 2004 malgré des jugements en ce sens.

 

Publication originale : https://www.lorientlejour.com/article/1079477/assassinat-de-bachir-gemayel-habib-chartouni-et-nabil-alam-condamnes-a-mort.html

2018-04-26T01:22:57+00:00 أكتوبر 20th, 2017|is in English/French, Politique, presse|